« 21 février 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 41-42], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1931, page consultée le 05 mai 2026.
21 février [1847], dimanche matin, 9 h.
Bonjour mon amour, bonjour ma vie, bonjour mon âme, bonjour, je te
souris, je t’aime. Depuis hier, depuis la dernière fois que je t’ai revu, il me semble
que quelque chose d’ineffable, de doux et de charmant revit en moi. J’ai le cœur plein
de douces espérances. Je ne souffre plus, je t’aime. Ce changement est dû à ta bonne
visite, mon adoré bien-aimé, et ma reconnaissance s’ajoute encore à tout le bonheur
qu’elle m’a fait.
Je voudrais que ma joie te pénétrâta comme un rayon de soleil, qu’elle te
plût comme un chant d’oiseau et qu’elle te fît plaisir comme un parfum de toutes les
plus charmantes fleurs du printemps. Si mes vœux étaient exaucés, tu serais le plus
heureux des hommes comme tu en es le plus grand, le plus noble et le plus puissant.
Si
je pouvais disposer de ma vie à mon gré, je t’en ferais un paradis plus beau que celui
du bon Dieu. Mon cœur ne suffit pas à l’immensité de mon amour, je suis débordée par
lui de toute part. Pour l’employerb, je le mets sous tes yeux comme une fleur, sur ta tête comme une
couronne d’étoiles, sous tes pieds comme la chose la plus humble, dans ta vie comme
une garde vigilante et dévouée, dans ton cœur comme un soleil éblouissant et dans
ton
âme comme la flamme éternelle. Et quand j’ai fait tout cela il m’en reste encore de
quoi défrayer tous les cœurs qui aiment.
Juliette
a « pénétra ».
b « emploier ».
« 21 février 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 43-44], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1931, page consultée le 05 mai 2026.
21 février [1847], dimanche après-midi, 9 h. ¾
Voici l’heure à laquelle tu as la douce habitude de venir quand rien
ne te retient, mon cher petit bien-aimé. Je me suis dépêchée afin d’être prête quand
tu viendras pour profiter de tous les instants que tu pourras me donner sans en perdre
une goutte. Tâche que ce ne soit pas inutilement que je me sois tant hâtée. L’espoir
de te voir bientôt me fait un bien au cœur dont tu peux apprécier l’étendue en pensant
que c’est aujourd’hui un anniversaire de date et de jour bien douloureux pour moi1, et que je le supporte avec tout
le courage et toute la sérénité que tu peux désirer par le seul espoir de te voir
tout
à l’heure auprès de moi.
Ce matin j’ai relu encore toutes les adorables pages
que tu m’as écrites depuis 12 ans. J’y ai puisé la plus puissante et la plus douce
consolation que je puisse éprouver et toutes les larmes qui étouffaient mon pauvre
cœur s’en sont allées dans les millions de baisers dont j’ai couvert chaque lettre
de
chaque mot de ces divines pages. Ce soir j’userai du même moyen pour supporter ton
absence jusqu’à demain car je ne veux plus t’affliger ni t’inquiéter. Je veux être
aussi courageuse que tu es bon, aussi résignée que tu es dévoué, aussi heureuse que
tu
m’aimes. Je veux que tu le sois toi-même autant que je t’aime et tu n’auras rien à
désirer car je t’aime plus que tout au monde et que ma vie.
Juliette
1 Claire Pradier, la fille de Juliette Drouet, est morte le dimanche 21 juin 1846.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
